À retenir
- Depuis la plateforme située au milieu du pont jusqu'à la surface de la Kawarau River.
- La chute libre, avant que l'élastique ne commence à supporter le poids. Plus long que trois secondes ne devrait l'être.
- À l'échelle mondiale, c'est modeste, mais lorsqu'on se tient au bord du vide, c'est amplement suffisant.
- Au-delà d'une certaine hauteur, la peur vient du fait de faire le pas, pas du chiffre.
Le chiffre
Quarante-trois mètres entre la plateforme de saut et la rivière. C'est approximativement la hauteur d'un immeuble de quatorze étages, ou un peu plus que la longueur d'une piscine olympique placée à la verticale.
C'est la première chose que tout le monde demande, mais c'est la réponse la moins utile prise isolément, car une hauteur sans contexte ne dit presque rien de l'expérience. Un plongeoir élevé fait dix mètres, et les gens en sont terrifiés.
Ce que ce chiffre indique en revanche, c'est la durée de la chute, et c'est elle qui façonne véritablement le saut.
Trois secondes
Un corps en chute libre parcourt quarante-trois mètres en un peu moins de trois secondes, atteignant environ cent kilomètres à l'heure avant que l'élastique ne commence à absorber la charge.
Trois secondes, ce n'est pas long. C'est à peu près le temps qu'il faut pour prononcer cette phrase à voix haute. Pourtant, selon tous ceux qui viennent de le faire, c'est l'un des intervalles les plus longs de leur vie, et bon nombre de sauteurs ne gardent aucun souvenir précis de la première seconde.
La raison est que le cerveau enregistre mal les souvenirs sous l'effet d'une telle poussée d'adrénaline. Les gens se souviennent très nettement du bord, mais de la chute comme d'un flou, ce qui explique en grande partie pourquoi la vidéo vaut la peine.
Il y a un effet connexe qu'il vaut mieux connaître à l'avance, car il surprend souvent. La distorsion du temps sous adrénaline ne signifie pas que la chute ralentit : le cerveau enregistre bien plus de détails qu'à l'ordinaire, puis interprète cette densité comme une durée lorsqu'il restitue le souvenir. Vous ne vivez pas trois secondes comme si elles en duraient trente. Vous vous souvenez de trois secondes comme si elles en avaient duré trente, ce qui est tout autre chose, et plus étrange encore.
La gorge vue depuis le tablier du pont, avec la rivière étroite et verte en contrebas
Comparaison
Modérément. Il existe dans le monde des sites de saut à l'élastique plusieurs fois plus hauts, et le même opérateur propose un saut nettement plus élevé depuis un téléphérique, non loin d'ici.
Cette comparaison mérite d'être faite honnêtement, plutôt que de chercher à la minimiser : si vous recherchez le plus grand chiffre possible en New Zealand, ce n'est pas ici, mais il suffit de peu de route pour rejoindre un endroit qui l'offre.
Ce saut a en revanche pour lui le pont depuis lequel il se fait, ce qui est un atout d'une tout autre nature et qu'aucune hauteur ne peut acheter.
Pourquoi un saut moins haut n'est pas plus facile
Cela surprend, mais les témoignages sont constants. Au-delà d'environ quarante mètres, la difficulté ressentie ne suit plus la hauteur, car ce à quoi le corps s'oppose n'est pas la distance, mais le geste de s'élancer dans le vide depuis un bord.
Cette opposition relève du réflexe, non du calcul, et les réflexes ne font pas d'arithmétique. Quarante-trois mètres et cent trente provoquent le même refus au bord du vide ; ce qui change, c'est la durée de la chute ensuite.
Plusieurs personnes ayant fait les deux vous diront que le plus court était le plus difficile, généralement parce qu'elles n'avaient pas encore appris qu'elles y survivraient.
C'est aussi pourquoi demander à quelqu'un qui a fait un saut plus haut si c'était pire vous renseigne mal pour votre propre décision. Cette personne compare deux expériences auxquelles elle a déjà survécu, alors que ce qui rend un premier saut difficile est précisément que vous n'y avez pas encore survécu. Personne ne redoute son deuxième saut à l'élastique comme il a redouté le premier.
43 m
La chute jusqu'à Kawarau River. Environ trois secondes de chute libre, avec une vitesse de l'ordre de cent kilomètres à l'heure avant que l'élastique ne vous retienne.
Le rebond
L'élastique s'étire, vous arrête, puis vous projette de nouveau vers le haut. Cette seconde remontée représente une part importante de la descente initiale et surprend presque tous les débutants, qui ont passé toute la préparation à penser à la descente.
Vous retombez ensuite, moins bas, puis encore moins bas, en oscillant jusqu'à ce que l'énergie soit dissipée. Toute la séquence dure nettement plus longtemps que la chute initiale.
Pour beaucoup, les rebonds sont aussi la partie agréable. La première chute vous arrive ; à la deuxième, vous êtes suffisamment présent pour remarquer où vous vous trouvez : la tête en bas, au-dessus d'une rivière encaissée dans une gorge.
À quelle distance vous approchez de l'eau
C'est un choix, et non une donnée fixe. L'équipe règle la longueur de l'élastique en fonction de votre poids et peut vous arrêter nettement au-dessus de la surface, vous permettre de l'effleurer des mains ou vous y faire entrer.
Un saut à sec se termine suspendu à une certaine distance au-dessus de la rivière. Un contact complet avec l'eau implique d'y entrer, d'en être sorti, puis de rester mouillé jusqu'à la fin de la visite, ce qui explique pourquoi on y réfléchit à deux fois en juillet.
Dans les deux cas, la récupération est la même : un bateau vient se placer sous vous, ou vous y êtes descendu, avant de remonter jusqu'au pont.
Mieux vaut en décider à l'avance plutôt que sur la plateforme. L'équipe doit le savoir avant de vous équiper, et le bord du vide est vraiment un mauvais endroit pour se demander si vous souhaitez rester mouillé pendant les deux prochaines heures.
À quoi cela ressemble là-haut
Plus étroit qu'on ne l'imagine. La Kawarau Gorge se resserre au niveau du pont : vous regardez donc vers le bas dans une faille plutôt que dans une vallée ouverte, avec une eau verte et rapide tout au fond.
Le tablier du pont est très loin au-dessus de la surface et la rivière paraît petite, ce qui produit exactement l'effet qui fait cesser au chiffre d'être abstrait.
C'est un endroit d'une réelle beauté, que presque personne ne remarque sur le moment et que tout le monde remarque ensuite sur les photos.
